RÉSIDENCE VIRTUELLE:                  François Coudray et Érick Mengual

François Coudray est poète. Érick Mengual est photographe. Leurs mots et leurs images se font échos et se tissent depuis plusieurs années sous différentes formes : livre, installations, performances... et ce nouvel espace que leur ouvre aujourd'hui les éditions du frau.

 

François Coudray, originaire des Alpes, vit aujourd'hui dans la "ville folle" de Manille, au cœur de l'archipel philippin. Erick Mengual habite Bourges, dans la "vaste plaine" du Berry. Et c'est le frau, arpenté par Odile Fix, sur les "pentes sauvages" du Cantal, qui leur offre le lieu de ce nouveau voyage.

 

 

D'une île l'autre, d'un frau l'autre, d'un jardin l'autre, ils se proposent ici de faire dialoguer à nouveau mots et images, dans la lumière des saisons, par-delà les océans.


redescendre

 

 

dalle bitume gravats

sourd spirale fuit le

bourdonnement de la ville

et mon corps

gravatspoussière

 

écoute

comme en lisière

 

frémir les herbes

les feuilles

 

battre la terre

mon sang

 

*

 

être cette statue que la chaleur irrigue

qui saigne

 

et puis s’endort

JOUR 6



Écrire… publier, diffuser : trois activités nécessaires et complémentaires (le poème n’existe que parce qu’il est lu, qu’un autre s’en saisit et en fait l’expérience -  et le bonheur de ces échanges).

 

 

Où le poète pourtant parfois se perd.

NOTE EN CHEMIN (3)

Répondre alors au seul appel du poème…

 

 

 

 

 

NOTE EN CHEMIN (4)



 

dans le chant des oiseaux (comme ce pépiement m'emplit)

 

la lumière sur ma peau qui dit le départ en montagne (qui n'existe pourtant qu'en ce lieu de mon corps)

 

dans ce chant sans nom

 

sans autre horizon que de vivre

 

tenter de retrouver la terre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JOUR 5

 

14 avril




 

 

11 avril

dans la ville sans ombre

les décombres d'un ciel de fer, de verre, de poussière, de béton

 

chaque arbre est un jardin

éclatant de voix

 

les oiseaux meurent là-bas à l'enclos de l'enfance

ils rient ici au monde qui s'écroule

 

et les racines creusent

loin sous le bitume la terre la lumière

 

résonnent de ce chant

qui me traverse, ruisselle en moi

 

on n'a pas quitté cette terre

il y a encore des oiseaux à l'enclos de l'enfance

JOUR 4



Rien ne peut faire que le temps du poème ne soit le temps de vivre.

 

Mes poèmes prennent ici la parole dans le souffle de notre dialogue. Certains d’entre eux continuent cependant de travailler en moi.

 

Les y laisser fuir, revenir, chercher, trouver enfin leur respiration. Les reprendre. Et partager ici la nouvelle étape du poème en chemin.

 

J’ai ainsi repris aujourd’hui le dernier vers de mon premier poème. Et quelques autres mots en échos.

 

Résidence « virtuelle » ? Encre mobile…

NOTE EN  CHEMIN (1)

Rien ne peut faire que le temps du poème ne soit le temps de vivre.

 

Ainsi se mêleront nécessairement aux poèmes qui dialoguent ici avec les images, quelques échos de mon enfant de la falaise, que je lirai dans deux jours à Manille. Quelques échos aussi de cet autre texte qui m’occupe et chemine en moi, vers la montagne encore…

 

Ainsi l’espace de notre rencontre se mêlera-t-il aussi sans doute à nos mots, nos images, ce frau que nous arpentons ainsi d’autres manières.

 

Textes - tissages de ces fils qui tendent nos vies…

 

NOTE EN CHEMIN (2)



il y a quinze ans, dans cette campagne qu’appelle ton image et où je vivais alors, j’ai écrit ce poème…

 

les arbres au loin ne sont plus (c’est dans la lumière soudaine du soir, surgi comme un îlot au milieu de la bourbe

 

ils sont les barreaux-traverse du temps      du vert tenace d’un très vieil enfant

 

autrefois en retour le même vert (la même couleur d’âge)      lichens-éphélides rongeant la dune      la lande contre la mer

 

 

ne plus attendre

 

 

 

comme si déjà mes mots appelaient tes images

JOUR 3

 

 

 

4 avril



à tes arbres en marche dans l’hiver des Vèves

les karsts de Sagada

 

la même préhistoire

celle d’une enfance perdue

sans cesse à réinventer

 

le même chemin de vivre

le long d’un muret de pierres sèches, sur l’asphalte mouillé, fossés gorgés d’hiver, la terre lourde et froide

la même pierre sèche, dans la touffeur des rizières suspendues, au pied de la falaise

 

la même déchirure

et la même douceur

 

le même chant

fragile

et qui nous donne à vivre

de la terre

plein la bouche

JOUR 2

 

 

 3 avril



 

 

 

 

 1er avril  

à tes arbres en marche dans l’hiver des Vèves (j’invente, et n’en suis pas moins vrai)

les karsts de Sagada

 

*

 

arbres en marche

dans la campagne veinée d’hiver

on traverse ce gris, ce vert, y respire la terre,

les paumes et tout le corps embrassent cette eau au goût de terre (comme grains sur la peau, au creux de moi), cette lumière

dont elle est la promesse, et se nourrit

 

ici les brumes rampent entre les roches et les pins du vallon suspendu, sur les pentes abruptes tapies de jungle, elles embrassent le gouffre

et la pierre me respire

 

on n'a jamais quitté cette terre

JOUR 1