Nicolas Dieterlen

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I

 

le foehn souffle

sur mes feuilles à phanères

elles se mélangent en désordre

sur le sol

cadeau de l'automne à sa terre

 

ces feuilles

étoiles de terre orphelines

tombées dans l'anonymat 

forment le réseau de nervures 

de l'humus

 

 

des feuilles qui se donnent la main

pour tenir jusqu'au bout

telle des étoiles jaunes

privées de lumière 

mais fabuleuses

 

 

petit à petit je perds 

des morceaux de moi- même 

puzzle que l'on démonte 

 

je deviens translucide 

 

bulle emportée au gré du vent

 

bientôt mon esprit se disloque 

comme un petit personnage de sable

sous la pluie

 

un corps qui vieillit  et se désagrège

 

 

juste le temps d'un film

II

 

quel est le contraire de l'ubiquité ?

j'entends des bourdonnements 

dans les tuyaux qui filent au loin

comme des autoroutes 

 

sur les murs une multitude de dessins

hiéroglyphes 

et écritures cunéiforme

je connais le sens des motifs 

 

comment peut-on connaître une langue 

sans l'avoir apprise?

 

mes interrogations se heurtent à ces murs

les griffonnages sur le mur semblent flotter dans l'air

en relief

parfois ils apparaissent et disparaissent 

 

l'érosion des murs

creuse des sillons

où il ne pousse plus rien

que le souvenir de la blessure

 

laisser une trace de passage 

même à travers des symboles 

c'est l'élément central de l'Homme

 

peut-être que tout cela à été dessiné 

pendant un temps pluvieux 

où la brume s'accroche 

aux montagnes de l'esprit

 

des personnes en quête d'origines

dans d'autres réalités 

 

mais quand le vent décape les murs 

il ne reste qu'un souvenir du voyage 

blanc comme la mort

qui se dissout au soleil

comme un acide dans la bouche 

 

sous le lit 

une petite flûte

je me rappelle que

certains peuples en jouaient 

pour communiquer avec le monde des esprits

avaient-ils besoin d'aide?

pourquoi tout cela ici?

à la croisée des chemins

des cartes en pagaille devant moi 

 

sans sens logique 

III

 

j'étais là

à voir disparaître ses pas 

l'herbe qui avec le temps

les recouvre doucement 

 

les printemps mortuaires

semblent dissoudre 

mon souvenir de ses visites

 

elles s'égrainent

comme les fruits se gâtent sur l'arbre 

il ne faut parfois pas manquer le coche

sinon après il n'y a que des regrets

et des guêpes plein le jardin

 

dans ses prières 

il y a à boire et à manger

peut-être que j'aurais préféré

 

pour lui

 

un cri

 

cela lui aurait fait du bien

 

 

 

le pauvre